La solidarité par l'éducation

Le pouvoir de décider pour soi-même est le plus grand cadeau que l'on puisse donner à un être humain.

Projet de solidarité à l’École Jules Verstraeten de Codji (Bénin)

Quel type de citoyen former dans une école? 

L’école Jules Verstraeten a ouvert ses portes en 1999. L’idée principale était de permettre aux enfants du village Codji de s’instruire: savoir lire et écrire.  Cette idée, s’éloignant parfois de l’objectif initialement fixé et constamment soumise aux aléas sociologiques inhérents aux réalités tristement célèbres des communautés qui se considèrent pauvres, a dû évoluer afin de s’adapter. Après 14 ans d’existence, le village n’a récolté que deux étudiants universitaires (Norbert Sadohoundé et Boris Houenavo) issus de cette école.

 Vu d’un angle purement occidental (européen ou nord-américain), ce serait fort probablement un investissement non-rentable. Cependant, en comparant la mentalité d’alors à celle qui prévaut aujourd’hui à Codji, on remarque un énorme progrès, tout au moins, par rapport à l’importance accordée à l’instruction ou à l’éducation. Certes, le village a encore de chemin à faire : faire de l’école une entreprise communautaire qui doit générer des citoyens capables de s’auto-suffire et non de dépendre éternellement des autres. Malheureusement, le système éducatif de beaucoup de pays africains, en particulier celui du Bénin, prépare les enfants à ne travailler que dans la fonction publique. La préparation à l’esprit d’entreprise privée, tout au moins au niveau primaire et secondaire, est pratiquement absente. On dirait que l’école prépare les élèves à travailler dans un bureau avec des salaires mirobolants. En soumettant les élèves à un petit questionnaire sur leur carrière envisagée,  on remarque que la majorité veut être policier, douanier, docteur, ministre, etc. Il n'y a pratiquement aucun qui veut être menuisier, fermier, plombier, etc. Il est évident qu’avec une telle mentalité, l’objectif d’avoir une communauté autosuffisante et autonome ne sera pas atteint. Il y a donc un manque évident d’esprit d’entrepreneuriat. De concert avec l’association des parents d’élèves, le village propose de commencer à former les enseignants à l’entrepreneuriat afin que ces derniers puissent à leur tour inculquer cette notion aux enfants dès le primaire. La formation des enseignants à l’esprit d’entrepreneuriat a donc constitué l’objectif principal de la visite estivale en juillet 2013. L’aide financière accordée par PAC (Places Aux Compétences) du Nouveau-Brunswick a grandement contribué à la première étape de cette formation animée par Jean Codjo.

En plus des cinq enseignants de l’école Jules Verstraeten, trois autres enseignants de trois différentes écoles de la région d’Adohoun et certains parents d’élèves ont suivi cette première étape de la formation du 26 juillet 2013. Inculquer la notion d’entrepreneuriat constitue un des objectifs à long terme du village. Entretemps, on continue à chercher des financements, non seulement pour les études tant au niveau universitaire que secondaire pour les élèves finissants (sortants) de l’école, mais aussi pour des  projets d’infrastructure (aire de jeux : terrain de soccer, de basketball, etc. construction d’une bibliothèque, d’installation de panneau solaire pour alimenter l’école afin de favoriser certaines activités pédagogiques comme le visionnement de film ou l’utilisation d’ordinateurs, etc.)

La visite estivale du juillet 2013 a été aussi une belle occasion pour les élèves de la 6e année de remercier leurs amis de la 8e année de l’école Camille-Vautour du Nouveau-Brunswick. Ces derniers ont payé la totalité des frais de scolarité de leurs amis béninois pour l’année scolaire 2013-2014. Sous la direction de leur enseignante Nadia Guitard, ils ont organisé une soirée de danse dont le profit est versé aux élèves de la 6e année, soit 28 au total. Ce geste généreux permettra à ces 28 élèves qui devront poursuivre leurs études secondaires au Collège d’Enseignement Général (CEG) d’Adohoun, une école située à environ 5km du village, de s’y inscrire.  Ils ont tenu à exprimer leur remerciement par le biais d’une petite vidéo montée pour la circonstance. Elle est accessible à http://www.youtube.com/watch?v=fyGTVG5nLq4 

Depuis sept ans, certains élèves finissants de l’école ont chacun des parrains et parraines soit en Europe (Belgique et Allemagne), soit au Canada, surtout dans la région de Moncton. Ces derniers mettent à la disposition de chacun des élèves une somme de 100$ pour toute l’année scolaire.  

En résumé, dans cette promotion de l’esprit d’entrepreneuriat visant à former un citoyen autosuffisant, autonome, consciencieux et responsable de ses actes, on a encore besoin de l’aide financière de toute bonne volonté convaincue encore de l’investissement dans le secteur de l’éducation. Former un citoyen consciencieux contribue forcement à mettre en place une communauté capable de subvenir à ses propres besoins primaires. Tout le monde en sort gagnant, y compris celui ou celle qui  fournit l’aide nécessaire pour la réalisation du projet. Un riche peut-il se sentir véritablement en sécurité dans un environnement où tous les autres dépendent foncièrement de lui?