La solidarité par l'éducation

Le pouvoir de décider pour soi-même est le plus grand cadeau que l'on puisse donner à un être humain.

Rapport du voyage 2016

Mon voyage de cette année au Bénin s’est déroulé dans une atmosphère inhabituelle, teintée d’espoir et de désillusion. Le Bénin, comme beaucoup d’autres pays africains, se questionne sur son système éducatif, et dans ce processus de questionnement, on a eu droit à toutes sortes de visions de société, les unes plus farfelues que les autres, mais toutes concourent à pérenniser l’objectif de l’éducation que le colon avait laissé comme héritage: l’école forme des intellectuels. Au Bénin, l’intellectuel est celui ou celle qui s’exprime bien en français et qui finira par exercer une profession qui ne salit pas ses mains. En d’autres mots, on ne s’attend pas que l’école forme un menuisier, un agriculteur, un mécanicien, un jardinier, etc. Cette vision de l’éducation pousse l’école à former des citoyens déconnectés de leur réalité.  Quand les statistiques des examens ne sont pas celles qu’on prévoyait, on tend le micro à ces mêmes intellectuels pour qu’ils trouvent le coupable qui est, d’habitude, soit l’état, soit l’enseignant, voire les enfants d’aujourd’hui qui, estime-t-on, n’auraient pas aimé faire d’effort pour réussir. Sur ce plan, la différence entre le Bénin et certains pays occidentaux est très minime.

L’école Jules Verstraeten, fondée en 1999 et nommée en l’honneur de mon feu père adoptif, est censée être une école avant-gardiste qui encourage les enfants, dès leurs jeunes âges, à faire preuve de créativité. Certains élèves issus de cette école sont maintenant des couturiers et couturières qui subviennent aux besoins de leurs familles. D’autres sont électriciens, chauffeur de taxi, etc.  Certains de mes collègues enseignants au Canada et moi nous faisons confectionner des chemises auprès d’Élisabeth, l’une des élèves issus de cette école.

Cependant, la mentalité héritée de l’époque coloniale perdure encore au sein de la majorité des élèves issus de cette même école,  lesquels élèves souhaitent poursuivre leurs études à l’université. Même en troisième année d’études universitaires, certains s’attendent que le gouvernement leur garantisse du travail au terme desdites études. Le cours  d’entrepreneuriat offert tant aux enseignants qu’aux élèves n’a probablement pas eu les effets auxquels on s’attendait.

 

 Pour la première fois, j’ai sérieusement commencé à penser que mon déménagement au Canada a, d’une manière ou d’une autre, nui à la réalisation de l’objectif de l’école initialement prévu. La réflexion n’est pas encore murie, mais j’y pense sérieusement. J’ai d’ailleurs commencé par forer un puits artésien, différent de celui de l’école, mais plus potable pour les amis occidentaux désireux de me visiter. Les premières tentatives n’ont pas réussi, faute d’outils adéquats. Le projet de construction du centre communautaire reprendra vie, le suivi du cours dans l’école sera effectif, ce qui permettra d’atteindre nos objectifs.

 

 

 

 

 

Vivre des produits issus de son terroir s’ajoute à la liste des projets. On a commencé par identifier les insectes comestibles, mais riches en protéine. Ceci réduirait la pression des villageois tant sur les animaux sauvages que ceux issus de l’élevage. La réalisation d’un tel projet contribue à avoir un environnement sain.

 

Avec l'aide de mon collègue Cédric Mcgraw et de ses élèves, on a mis à la disposition des élèves une dizaine d'ordinateurs pour qu'ils s'initient à l'utilisation d'outils informatiques. Entretemps, l’aide financière, sans laquelle certains élèves n’auraient aucune chance de continuer les études au secondaire et à l’université continue. Espérons que les bénéficiaires en profiteront pour aider la communauté à ne pas dépendre éternellement de l’aide.

 

 

Activité 2015

2015 a été une année charnière pour le projet d’école Jules Verstraeten à Codji, le village natal de Jean Codjo, fils adoptif du belge Jules Verstraeten. Pour la première fois, Bernard Gnancadja, l’un des élèves ayant fréquenté l’école dès sa fondation en 1999, devient responsable de la gestion d’aide dont profitent beaucoup d’enfants du village. Bernard est aussi l’un des trois premiers enfants issus de cette école à poursuivre des études universitaires. L’été 2015, Bernard a eu la chance de rencontrer certains parrains du projet lors de son voyage en Europe (Belgique, France et Allemagne).  Aux yeux de toute personne faisant partie du cercle d’ami-es qui ont, de près ou de loin, contribué à la construction et au fonctionnement de cette école, ce projet est un modèle de solidarité qui devrait contribuer à l’épanouissement de l’humain, peu importe sa race ou son origine.   

Depuis 2006, s’ajoute à ce cercle d’ami-es, un autre groupe de personnes qui paient les frais de scolarité des enfants qui doivent passer du primaire au secondaire. École Jules Verstraeten étant une école primaire, les sortants de cette école doivent de nouveau parcourir quelques kilomètres pour se rendre au Collège (école secondaire) le plus proche. Au Bénin, les études au collège ne sont pas gratuites, bien que les frais exigés, pour un Européen ou un Nord-Américain, constituent une bagatelle. 100 euro par an suffit pour défrayer les couts liés à la scolarité. Depuis 2006, 30 enfants en moyenne, profitent de ce généreux élan du cercle d’ami-es de Jules Verstraeten.

Malgré ce succès, il est important de souligner les échecs ou les défis qui restent encore à relever. La majorité des filles issues de l’École Jules Verstraeten ne réussissent pas encore à terminer l’école secondaire. Tandis que les unes tombent enceinte, les autres se marient à un jeune âge, ce qui les pousse à abandonner les études. La probabilité qu’elles reviennent aux études après l’accouchement est quasi nulle. 17 ans d’existence de l’École Jules Verstratent n’a pas pu avoir raison de la croyance traditionnelle, selon laquelle le rôle d’une fille est préétabli avant qu’elle ne soit née. Ou peut-être, 17 ans ne suffisent pas pour changer une telle croyance séculaire.

Y a-t-il lieu de tout abandonner? « Paris n’est pas bâti en un jour », dit-on. Le comité de gestion d’aide a décidé de porter davantage une attention particulière à l’éducation sur la sexualité. Certes, l’idée germe depuis un certain temps, mais il faut trouver des gens qui se sentent à l’aise et assez diplomates pour le faire.  Le projet de construction du centre communautaire où on peut davantage sensibiliser la communauté aux bienfaits d’une fille éduquée reste encore en veilleuse, faute de financement. Peut-être, c’est l’occasion de le faire renaitre.  Une contribution de 6000 euro  (9200$ CAD ou 6500$ US) serait un bon départ pour la construction de ce centre (voir plan). Certains des anciens élèves de l’École Jules Verstraeten  sont maintenant des apprentis  électriciens ou maçons. Ils pourront consacrer quelques heures de leurs temps pour y contribuer.  

Entretemps, vos contributions pour soutenir les enfants de Codji sont encore les bienvenus.